Un chroniqueur dénonce un « vampirisme » dans la gestion des fonds politiques
Le débat sur l’utilisation des dotations discrétionnaires de la Primature sénégalaise prend de l’ampleur. Badara Gadiaga, chroniqueur politique, a évoqué lors d’une émission à Dakar une gestion qu’il qualifie de détournement des ressources allouées au Premier ministre. D’après ses révélations, sur une enveloppe de 1,77 milliard de francs CFA, seulement 70 millions auraient été transmis à l’équipe suivante. Une affirmation qui interroge sur la transparence des crédits politiques, souvent soustraits au contrôle parlementaire.
Une polémique ciblant le cœur du pouvoir exécutif
Ces fonds, distincts des budgets classiques, financent des dépenses dites de souveraineté ainsi que des actions discrétionnaires du Premier ministre. Leur opacité favorise les suspicions de détournement à des fins partisanes. En pointant Ousmane Sonko, Premier ministre de la coalition au pouvoir et leader du Pastef, Badara Gadiaga recentre la critique sur l’action du gouvernement issu de l’alternance de 2024. Le chiffre avancé – 70 millions sur 1,77 milliard – illustre un écart flagrant entre les dotations initiales et le solde restitué, suggérant une utilisation massive des crédits avant le départ de l’équipe sortante.
Pourtant, ces allégations n’ont pas encore été étayées par des preuves tangibles. Aucun document comptable public ne confirme cette version, laissant le débat ouvert à l’interprétation. La Primature n’a pas encore réagi officiellement à ces accusations, qui alimentent une polémique déjà vive dans l’espace politique sénégalais.
Transparence budgétaire : un enjeu récurrent au Sénégal
Cette controverse s’inscrit dans une demande récurrente pour une meilleure gouvernance financière. Depuis des années, la société civile sénégalaise et une partie de l’opposition réclament un encadrement strict des fonds spéciaux et politiques. Des organisations comme le Forum civil plaident pour une réforme inspirée des pratiques en vigueur dans d’autres démocraties africaines. La question dépasse le cadre des dépenses de la Primature pour toucher à un débat plus large : celui de la reddition des comptes et de la lutte contre les dépenses extrabudgétaires, un thème central de la campagne de Diomaye Faye et Ousmane Sonko.
La Cour des comptes, seule instance habilitée à auditer ces flux, n’intervient que rarement de manière détaillée sur les crédits de la Primature. Si les accusations de Badara Gadiaga se confirmaient, elles révéleraient un écart préoccupant entre le discours de rupture des nouvelles autorités et leurs pratiques réelles. Elles souligneraient aussi les failles du contrôle interne lors de la transition entre deux gouvernements.
Un contexte politique sous haute tension
La sortie de Badara Gadiaga survient dans un climat politique particulièrement tendu. Depuis la nomination d’un nouveau Premier ministre, Dakar est le théâtre d’une recomposition des alliances et d’une guerre des déclarations. Les tensions au sein de la majorité présidentielle, couplées aux offensives de l’opposition en quête d’un nouveau souffle, expliquent l’intensité des échanges autour de la gestion financière de l’État. La polémique autour de Ousmane Sonko nourrit les critiques de ses détracteurs, qui l’accusent d’avoir mobilisé des ressources colossales en fin de mandat.
Pour l’instant, aucune réponse n’a été apportée par les services de la Primature. Ses proches pourraient justifier ces dépenses par des impératifs administratifs ou la préparation d’échéances politiques. Sans publication détaillée des mouvements de fonds, le débat risque de se cristalliser en une bataille d’arguments, dépourvue d’éléments factuels. Cependant, la pression pour un audit indépendant pourrait s’intensifier si la polémique persiste. Les propos de Badara Gadiaga ont été tenus lors d’une émission consacrée à la gestion des deniers publics au sommet de l’État.