Dans le paysage politique sénégalais, un tournant se dessine avec une prise de parole qui secoue les fondations d’une alliance jusqu’ici unie. Lansana Gagny Sakho, figure technocrate autrefois proche d’Ousmane Sonko, a choisi de tourner la page de son engagement passé. Ses regrets publics ne sont pas anodins : il affirme n’avoir jamais rejoint cette aventure politique s’il avait pu anticiper l’orientation de la gestion économique du pays. Une déclaration qui résonne comme un avertissement pour le gouvernement en place.

Une critique frontale de la gestion économique du pays

Les propos de Lansana Gagny Sakho ne relèvent pas d’une simple divergence de vue. L’ancien cadre pointe du doigt une stratégie économique qu’il juge responsable des difficultés actuelles du Sénégal. Ses mots, sans équivoque, s’en prennent directement à la responsabilité du Premier ministre dans la dégradation de la situation. Cette critique s’inscrit dans un contexte où les indicateurs économiques montrent des signes de ralentissement depuis le début de l’année 2024. Les partenaires techniques et financiers du pays expriment, eux aussi, des interrogations sur la lisibilité de la politique budgétaire adoptée.

Cette sortie survient alors que le débat sur la dette publique et la révision des comptes nationaux agite la capitale. Le gouvernement, qui avait dénoncé un héritage financier plus lourd que prévu, se retrouve aujourd’hui sous le feu des projecteurs. La critique d’un ancien allié ajoute une dimension symbolique à cette crise : elle brise l’image d’unité que la coalition au pouvoir s’efforce de projeter depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye.

Un désaveu politique qui fragilise la coalition

En déclarant qu’il n’aurait jamais suivi Ousmane Sonko s’il avait connu l’issue de cette politique économique, Lansana Gagny Sakho transforme sa parole en acte politique. Cette rupture n’est pas sans conséquence dans un milieu où le Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef) a bâti son influence sur une discipline militante rigoureuse et une loyauté absolue envers son leader. Ce geste risque d’alimenter les tensions internes qui traversent déjà la mouvance présidentielle.

Depuis plusieurs mois, des voix s’élèvent parmi les intellectuels et les cadres techniques ayant soutenu le changement de mars 2024 pour exprimer leurs réserves. Les critiques portent sur la communication gouvernementale, mais aussi sur la lenteur des réformes structurelles promises lors de la campagne. La prise de position de Lansana Gagny Sakho donne une visibilité concrète à ces mécontentements et pourrait accentuer les fractures au sein du camp présidentiel.

Un test pour la cohésion du pouvoir

L’impact de cette déclaration dépasse largement la personne de Lansana Gagny Sakho. Bien qu’il ne dispose pas d’un poids électoral comparable à celui du parti au pouvoir, ses mots révèlent une réalité plus large : les tensions internes au sein de la coalition deviennent audibles, et l’exigence de résultats économiques s’impose comme le principal critère d’évaluation de l’action gouvernementale. Les investisseurs, les bailleurs de fonds et les partenaires régionaux suivent cette évolution de près.

La réaction du camp présidentiel, ou son absence de réaction, sera déterminante. Ousmane Sonko, connu pour son franc-parler, dispose de nombreux relais pour répondre. Cependant, une confrontation verbale avec d’anciens alliés risquerait de renforcer l’image d’un pouvoir sur la défensive. Au-delà de la personne du Premier ministre, c’est la capacité de la coalition à absorber les critiques sans se fragmenter qui est en jeu. Dans les semaines à venir, la politique économique et budgétaire du gouvernement apportera des éléments de réponse concrets à ces interrogations.