Sénégal : le Pastef pousse la réforme constitutionnelle et la transparence financière
L’Assemblée nationale du Sénégal a lancé, ce lundi 10 août, sa première session extraordinaire de l’année. Quinze jours pour examiner cinq textes, dont deux propositions de loi urgentes portées par la majorité Pastef. Une initiative qui s’inscrit dans un contexte politique particulièrement tendu entre les partisans du Premier ministre et ceux du président Bassirou Diomaye Faye.
Une session parlementaire sous haute tension politique
C’est Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, qui a ouvert cette session exceptionnelle. Deux projets de loi déposés en urgence par le Pastef figurent en tête de l’ordre du jour. Le premier vise à réviser l’article 37 de la Constitution, déjà modifié en juin dernier avant d’être invalidé par le Conseil constitutionnel. La nouvelle mouture impose au chef de l’État de déclarer son patrimoine non seulement à son entrée en fonction, mais aussi à la fin de son mandat.
Le second texte concerne les crédits spéciaux, surnommés « fonds secrets ». Ces enveloppes budgétaires, attribuées à la présidence et à la primature, pourraient désormais faire l’objet d’un contrôle parlementaire renforcé. Une commission restreinte de députés serait chargée de superviser leur utilisation, un sujet qui cristallise les tensions entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye depuis plusieurs mois.
Le contrôle des « fonds secrets », pierre d’achoppement entre Sonko et Faye
La gestion de ces crédits spéciaux est au cœur des désaccords persistants entre les deux figures politiques. Leur opposition avait d’ailleurs précipité une rupture publique en mai dernier. Pour Moussa Diaw, politologue à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, ces initiatives législatives reflètent une volonté claire du Pastef d’imposer plus de transparence et de responsabilité au pouvoir exécutif.
L’expert souligne également un lien entre cette dynamique parlementaire et la création récente du parti Kiiraay par Bassirou Diomaye Faye. Les deux propositions de loi seront examinées selon une procédure accélérée, mais leur adoption finale dépendra des débats parlementaires et, le cas échéant, d’un nouveau contrôle du Conseil constitutionnel.
Trois autres projets de loi à l’ordre du jour
En plus des textes portés par le Pastef, trois projets de loi gouvernementaux seront également étudiés. Le premier porte sur une réforme du Code de la sécurité sociale, tandis que le second modifie le Code du travail. Le troisième, plus urgent, vise à renforcer la sécurité numérique des institutions publiques, après une série d’attaques informatiques ayant ciblé des structures étatiques depuis octobre dernier, dont le Trésor public.
Ce projet de loi numérique s’inscrit dans une logique de protection accrue des données et des infrastructures critiques de l’État sénégalais. Son adoption pourrait marquer une étape importante dans la modernisation des dispositifs de cybersécurité du pays.
Un calendrier parlementaire sous pression
Cette session extraordinaire, limitée à quinze jours, s’annonce chargée. Entre réformes constitutionnelles, contrôle des dépenses publiques et modernisation législative, les débats s’annoncent intenses. L’issue de ces textes dépendra largement des compromis trouvés entre majorité et opposition, ainsi que de la capacité du gouvernement à fédérer une majorité parlementaire solide.