Sénégal : un gouvernement sous tension après la rupture avec le pastef
La formation du nouveau gouvernement sénégalais, dirigé par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, suscite des remous au sein de la classe politique. Composé de trente ministres, dont certains issus du Pastef, mais sans représentant majeur du parti, cette équipe divise l’opinion. Aminata Touré, superviseure générale de la coalition Diomaye Président, a accepté de s’exprimer sur cette situation inédite.
une légitimité contestée ?
Le gouvernement de Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô est perçu comme un choix de l’exécutif, en accord avec le président élu Bassirou Diomaye Faye. Selon Aminata Touré, cette formation est avant tout un engagement en faveur de l’efficacité et de la stabilité. Elle rappelle que le président Faye a été élu par une large majorité des Sénégalais et dispose du droit constitutionnel de nommer son Premier ministre et son gouvernement.
« Les Sénégalais attendent une chose : que l’on se mette au travail », affirme-t-elle. Elle rejette toute idée de remise en cause de la légitimité démocratique de cette équipe ministérielle, soulignant que les institutions fonctionnent selon leurs prérogatives respectives.
la cohabitation avec le pastef : un défi institutionnel ?
Plusieurs ministres du gouvernement sont également membres du Pastef, dont fait partie le président Faye. Pourtant, le parti, majoritaire à l’Assemblée nationale, refuse de participer à cette nouvelle équipe. Aminata Touré minimise les risques de blocages, à condition que chacun respecte ses prérogatives et place l’intérêt national au-dessus des divergences politiques.
« On ne peut pas être dans des scènes de ménage éternelles », déclare-t-elle. Elle insiste sur la nécessité de préserver les institutions, y compris l’Assemblée nationale, le Conseil constitutionnel et la justice, afin d’éviter une crise institutionnelle.
reddition des comptes et moralisation de la vie politique
Les désaccords entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye portent notamment sur la reddition des comptes. Certains craignent que ce gouvernement marque un relâchement dans la lutte contre la corruption, promise par le Pastef lors de sa campagne. Aminata Touré défend l’idée que la reddition des comptes ne signifie pas règlement de comptes, mais plutôt une justice indépendante et équitable.
« Ce n’est pas parce que l’on a un adversaire politique que le juge va nécessairement le condamner », explique-t-elle, rappelant son expérience en tant que ministre de la Justice. Elle assure que le président Faye reste déterminé à promouvoir une gouvernance transparente, sans céder aux pressions politiques.
la question de la dette et du partenariat avec le fmi
La gestion de la dette publique, notamment avec le Fonds monétaire international, est un autre sujet sensible. Ousmane Sonko s’est toujours opposé à une restructuration avec le FMI, craignant des conséquences sociales désastreuses. Aminata Touré aborde ce dossier sous un angle pragmatique : « Ce n’est pas une question idéologique, mais une question pratique. »
Elle évoque la nécessité d’un reprofilage de la dette, c’est-à-dire une renégociation des échéances pour éviter des mesures d’austérité brutales. « Il faut discuter avec les partenaires pour trouver une stratégie soutenable », souligne-t-elle, en insistant sur le fait que les ajustements structurels des années 1980 ont plongé des millions de personnes dans la précarité pendant des décennies.
2029 : une échéance électorale qui plane
Le refus du Pastef de participer au gouvernement est parfois interprété comme une manœuvre pour affaiblir Bassirou Diomaye Faye en vue de l’élection présidentielle de 2029. Aminata Touré dément cette hypothèse, affirmant que les Sénégalais ne souhaitent pas une campagne électorale de trois ans. « Ce serait trahir les électeurs que de s’engager dans ce processus », précise-t-elle.
Elle rappelle que la priorité doit être donnée à la résolution des problèmes socio-économiques qui touchent la population. « La démocratie doit pouvoir fonctionner, même si les avis divergent. L’important, c’est de mettre l’intérêt du pays en avant. »