Un putsch avorté dans la capitale économique
Dans les premières heures d’un dimanche matin du mois de décembre, un groupe de militaires rebelles a brièvement perturbé l’ordre public au Bénin. Ces mutins, s’emparant de la télévision publique SRTB à Cotonou, ont affirmé avoir destitué le président Patrice Talon. À 67 ans, ce dernier, en fonction depuis 2016 et dont le mandat s’achève en avril 2026, a été rapidement mis à l’abri tandis que les forces loyales reprenaient le contrôle des infrastructures stratégiques. Les assaillants, après avoir tenté de s’introduire dans sa résidence privée du quartier Guézo, ont été repoussés par les unités fidèles à l’État. En milieu de journée, la capitale économique affichait une vigilance renforcée, avec des hélicoptères en patrouille et des barrages militaires sur les axes majeurs.
Le président Talon dénonce une « trahison » et promet des sanctions
Dans une allocution télévisée diffusée en soirée, Patrice Talon a qualifié les événements de « gravité extrême » et assuré que « cette trahison ne restera pas impunie ». Le chef de l’État a également signalé la présence de civils encore retenus par les mutins en fuite, insistant sur la nécessité de sécuriser la situation et de protéger la population. Par ailleurs, des sources sécuritaires ont confirmé la mort de l’épouse du général Bertin Bada, directeur du cabinet militaire présidentiel, lors d’un assaut contre leur domicile à Abomey-Calavi. Sa fille, blessée lors de l’attaque, a également été prise en charge.
Les forces armées béninoises restent républicaines
Le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, a précisé qu’un « groupuscule de soldats » avait déclenché une mutinerie dès l’aube dans le but de déstabiliser les institutions. Face à cette menace, les Forces armées béninoises, fidèles à leur engagement, ont réagi promptement pour contrer la manœuvre. « Les populations sont invitées à vaquer normalement à leurs occupations », a-t-il déclaré. De son côté, le ministre des Affaires étrangères, Olushegun Adjadi Bakari, a souligné que la majorité des militaires sont restés loyaux au président, seuls « un petit groupe » ayant participé à cette tentative de putsch.
Plusieurs sources sécuritaires ont confirmé l’arrestation d’une douzaine de militaires, dont les principaux instigateurs présumés, ainsi qu’un ancien membre des forces armées.
Une tentative de coup d’État orchestrée depuis l’extérieur ?
Dès l’aube, des détonations ont retenti dans la capitale. Selon les informations recueillies, un groupe de soldats, éventuellement soutenu par des « éléments extérieurs », a d’abord ciblé les résidences de hauts gradés avant de se diriger vers la résidence privée du président et le palais présidentiel. Les mutins ont également pris le contrôle de la télévision publique, où ils ont diffusé un message annonçant la création d’un « Comité militaire pour la refondation », dirigé par le lieutenant-colonel Pascal Tigri. Ce dernier a proclamé la suspension de la Constitution et des institutions, justifiant son action par la volonté de mettre fin, selon lui, à la gouvernance de Patrice Talon et à la privation de droits électoraux pour certains citoyens.
Le lieutenant-colonel Tigri a critiqué « les lois crisogènes », « le renvoi en exil de citoyens » et « les arrestations arbitraires », tout en affirmant que l’armée exercerait « jusqu’à nouvel ordre la plénitude des pouvoirs dévolus à l’État du Bénin ».
Réactions internationales et aide nigériane
Les ambassades des États-Unis et de la France ont rapidement réagi. L’ambassade américaine a émis une alerte à ses ressortissants en raison des « échanges de coups de feu » dans le quartier Guézo, tandis que la représentation française a appelé ses citoyens à la prudence. Peu après la diffusion du message des mutins, de violents échanges de tirs ont éclaté autour du port et du palais présidentiel. Les gardes républicains, restés fidèles au président, ont lancé une contre-offensive pour reprendre les positions clés. L’accès à la marina, où se trouve le palais, a été verrouillé, tandis que des hélicoptères survolaient la zone et que plusieurs axes routiers étaient coupés. Le gouvernement béninois a sollicité l’assistance de l’armée nigériane, qui a déployé avions de chasse et troupes au sol pour sécuriser la télévision publique et un camp militaire occupé par les mutins.
Flou et inquiétudes dans la population
Pendant plusieurs heures, la confusion a régné dans la capitale. Les réseaux sociaux, notamment TikTok, Facebook et WhatsApp, ont relayé des rumeurs plus vite que les autorités ne pouvaient les démentir. En début d’après-midi, les détonations s’étaient calmées, mais des unités de police occupaient les carrefours stratégiques. Des témoins ont exprimé leur inquiétude : « On ne sait toujours pas exactement ce qui s’est passé », a déclaré une habitante du quartier Cimetière PK-14. D’autres Béninois craignent des répliques ou des développements imprévisibles.
Pour un pays longtemps considéré comme un havre de stabilité en Afrique de l’Ouest, cette tentative de putsch représente un choc majeur. Survenant dix jours après le coup d’État en Guinée-Bissau et moins de deux mois après celui de Madagascar, le Bénin s’ajoute à la liste des États démocratiques de la région menacés par des militaires : Niger, Burkina Faso, Mali, Guinée, et pour la neuvième fois depuis 2020, la Guinée-Bissau.
La CEDEAO et l’Union africaine condamnent fermement
La tentative de putsch a immédiatement suscité la condamnation de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de l’Union africaine (UA). Cette dernière a dénoncé un acte « fermement et sans équivoque » contre l’ordre constitutionnel et appelé les militaires impliqués à regagner leurs casernes. Mahamoud Ali Youssouf, président de la Commission panafricaine, a exhorté « tous les acteurs engagés dans cette tentative » à cesser « immédiatement » leurs actions illégales et à « retourner sans délai à leurs obligations professionnelles ».
La CEDEAO a annoncé le déploiement de troupes au Bénin pour soutenir le gouvernement et l’armée républicaine. L’organisation régionale a ordonné l’envoi immédiat de contingents en provenance du Nigeria, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Ghana, afin de « préserver l’ordre constitutionnel » et d’assurer la stabilité du pays.
Présidentielle 2026 : un contexte politique tendu
Avec moins de six mois avant l’élection présidentielle d’avril 2026, qui marquera la fin du second mandat de Patrice Talon, le pays navigue dans un environnement politique délicat. Le nord du Bénin, déjà fragilisé par des attaques djihadistes liées à Al-Qaïda — ayant causé la mort de 54 soldats en avril dernier —, reste une zone de tension. Sur le plan institutionnel, le président Talon, ancien homme d’affaires et figure du secteur cotonnier, quittera le pouvoir conformément à la Constitution, après deux mandats consécutifs.
Cependant, les préparatifs pour la succession ont déjà commencé. La coalition au pouvoir, regroupant le Bloc républicain (BR) et l’UP-R, a désigné le ministre des Finances Romuald Wadagni comme candidat officiel. Ce dernier incarne la continuité des politiques économiques menées depuis dix ans. Une révision constitutionnelle, adoptée le mois précédent, a créé un Sénat et allongé la durée des mandats présidentiel et législatif de cinq à sept ans. Cette réforme, qui supprime également le candidat du principal parti d’opposition, Les Démocrates, alimente les débats et cristallise les tensions. Malgré la limitation à deux mandats, cette modification suscite des critiques et renforce les craintes d’un pouvoir qui s’éternise.
Selon des sources proches du dossier, les mutins auraient agi en réaction à une gouvernance jugée excluante. Les éventuels commanditaires de cette tentative de coup d’État pourraient révéler des fractures profondes au sein de l’armée et du paysage politique béninois.