Prétextant une rupture avec les anciennes puissances coloniales, le régime de transition burkinabè multiplie les partenariats avec la Russie. Mais ces choix économiques et militaires soulèvent une interrogation de fond : le Burkina Faso gagne-t-il vraiment en indépendance ou change-t-il simplement de dépendance ?
Le prix de l’alliance russe sur l’or
Depuis l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré à la tête du pays, la quête de souveraineté est affichée comme priorité. Ce discours séduit une jeunesse désireuse de tourner la page de l’influence française. Pourtant, le rapprochement accéléré avec Moscou révèle des failles. Loin d’une autonomie retrouvée, le Burkina semble s’engager dans une nouvelle forme de dépendance, tant sur le plan économique que militaire.
Les discussions récentes autour de la gestion des ressources nationales, en particulier l’or qui constitue près de 80 % des exportations du pays, mettent en évidence une vulnérabilité inquiétante. En acceptant des accords où les conditions imposées par les entités russes sont déséquilibrées, Ouagadougou affaiblit sa propre économie. Confier le contrôle de ses richesses à des acteurs étrangers, sous prétexte de les soustraire à l’Occident, est paradoxal. Un État véritablement souverain ne sécurise pas ses ressources en s’alignant sur une autre puissance ; il construit les bases de son autonomie. Payer un lourd tribut à Moscou pour la protection de l’or burkinabè relève davantage d’une redevance que d’une coopération.
Une dépendance sécuritaire coûteuse
Sur le plan militaire, le constat est similaire. Le virage vers la Russie, avec l’arrivée d’instructeurs et de forces paramilitaires sous la bannière d’Africa Corps, devait inverser la tendance face aux groupes armés. Mais le coût de cette assistance est élevé pour les finances publiques, tandis que les résultats tardent à sécuriser durablement le territoire. Les récentes attaques violentes contre les Forces de défense et de sécurité (FDS) le rappellent cruellement.
En liant sa sécurité à l’agenda du Kremlin, accaparé par d’autres conflits, le Burkina se place dans une situation de subordination. Si Moscou réoriente ses priorités ou exige davantage, quels moyens Ouagadougou aura-t-il pour résister ?
De Paris à Moscou : un simple changement de tuteur ?
La critique la plus forte porte sur l’incohérence du discours officiel. Comment rejeter le paternalisme occidental pour adopter sans réserve l’impérialisme russe ?
« Remplacer une tutelle par une autre n’a jamais constitué un acte de libération. C’est un aveu d’impuissance. »
La Russie n’intervient pas en Afrique par altruisme, mais pour contourner les sanctions, sécuriser des ressources et gagner des alliés diplomatiques. En troquant Paris contre Moscou, le Burkina Faso n’a pas brisé ses chaînes : il a changé de geôlier.
Un isolement diplomatique préoccupant
Enfin, ce tête-à-tête avec la Russie isole le Burkina sur la scène régionale et internationale. En se coupant des bailleurs traditionnels et en tendant ses relations avec ses voisins, le gouvernement de transition réduit sa marge de manœuvre. Un pays souverain diversifie ses partenariats pour équilibrer les influences ; il ne s’enferme pas dans une relation exclusive et asymétrique où il est toujours demandeur.
Pour le peuple burkinabè, le réveil pourrait être brutal. La souveraineté ne se mesure pas aux discours anti-occidentaux, mais à la capacité réelle de décider sans dépendre de l’étranger, qu’il vienne de Paris, Washington ou Moscou. En externalisant la gestion de ses richesses et sa sécurité à la Russie, le régime actuel hypothèque l’indépendance concrète du Burkina pour des années.