Le Tchad étouffé par la hausse des prix : quand 2 000 francs par jour ne suffisent plus
Avec un budget de survie fixé à 2 000 francs CFA quotidiens pour une famille, les Tchadiens doivent faire des choix impossibles. Pour une famille de cinq à six personnes, cela revient à environ 375 francs par personne et par jour. Que reste-t-il dans l’assiette quand les ressources s’amenuisent ? D’abord, les protéines disparaissent, suivies des légumes. Ne restent souvent que des aliments basiques, consommés pour éviter la faim plutôt que pour nourrir. L’équilibre nutritionnel s’effondre, et les enfants grandissent dans un environnement où l’accès à une alimentation saine relève du luxe.
Une résistance psychologique mise à rude épreuve
Le pays traverse une crise sans précédent. Le sociologue Remadji Ngaba alerte : « Aujourd’hui, le Tchad souffre amèrement. Le panier de la ménagère est vide. » Face à cette précarité, les Tchadiens développent une résilience remarquable. Sans cette force mentale, la situation serait insoutenable. Pourtant, cette adaptation ne suffit pas à masquer les inégalités criantes qui frappent les plus vulnérables.
Les femmes, premières victimes de l’inflation
Qui paie le prix fort de cette cherté de vie ? Sans hésiter, Remadji Ngaba désigne la femme. Chef de foyer dans bien des cas, elle subit de plein fouet les conséquences de l’inflation. Quand les prix flambent, c’est elle qui doit composer avec des ressources toujours plus maigres. Et lorsque la situation se dégrade, c’est toute la famille qui en pâtit. Les pères de famille le confirment : les lamentations des épouses au retour du marché ne sont pas exagérées. Les étals regorgent de produits, mais leurs prix rendent l’accès à une alimentation décente quasi impossible.
Les autorités, selon le sociologue, échouent à endiguer la hausse des prix. Les mesures ponctuelles n’ont aucun effet durable : « Après quoi, tout revient à la case départ. Rien ne change. » Les marchés, autrefois lieux d’échange, sont devenus des espaces de souffrance quotidienne.
Des terres cultivables, mais une faim persistante
Le Tchad dispose d’un potentiel agricole immense : 33 millions d’hectares de terres arables sur un territoire de 1 284 000 km². Pourtant, le paradoxe est frappant : le pays a faim. La cherté de vie ne touche pas uniquement les villes, où tout s’achète à prix d’or. Les zones rurales paient aussi un lourd tribut. Les paysans et éleveurs subissent des menaces permanentes : dévastation des cultures par le bétail, absence de justice, et pression économique insoutenable. Sous cette pression, beaucoup abandonnent les campagnes pour se réfugier en ville. Pourtant, comme le rappelle Remadji Ngaba, « on ne peut pas tous vivre à N’Djamena. Ce n’est pas en sécurité. »
Les conflits récurrents entre agriculteurs et éleveurs paralysent la petite production locale, essentielle pour stabiliser les prix en milieu urbain. « Les agriculteurs doivent être protégés. Les éleveurs doivent être protégés », insiste-t-il. Sans cette protection, la petite production ne peut se développer, et les prix continueront de flamber.
SMIG inchangé depuis 2011 : un salaire qui ne suit plus
Autre symbole de cette crise : le SMIG, bloqué à 60 000 francs CFA depuis 2011. Pendant ce temps, les prix ont doublé, voire triplé. À N’Djamena, une chambre décente coûte entre 20 000 et 25 000 francs CFA. Sans compter l’électricité, les charges et les dépenses alimentaires, le salaire est rapidement englouti. Les dirigeants, selon le sociologue, « ont faim aussi », mais ils doivent aller plus loin. « Nous voyageons, ils voyagent. Ils voient comment les autres pays améliorent le quotidien de leur peuple », rappelle-t-il, soulignant l’urgence d’agir.
Des solutions concrètes pour enrayer la crise
Pour sortir de cette impasse, Remadji Ngaba propose trois pistes pragmatiques :
- Subventionner les projets agricoles pour relancer la production locale et réduire la dépendance aux importations.
- Valoriser les ressources en eau pour soutenir l’irrigation et améliorer les rendements.
- Instaurer un suivi régulier des prix sur les marchés afin de mieux contrôler l’inflation et protéger les consommateurs.
Ces mesures, combinées à une volonté politique forte, pourraient redonner espoir aux Tchadiens. La survie n’est plus une option : c’est une nécessité.