Les attaques personnelles proférées à l’encontre de Brice Clotaire Oligui Nguema, de sa mère et de son épouse ont provoqué une réaction sans précédent de la part d’Hugues Ongoundou. Dans une tribune sans concession, ce dernier refuse catégoriquement d’interpréter cette vague d’insultes comme un simple soutien à l’action présidentielle. Pour lui, ces attaques dépassent largement le cadre politique : elles franchissent une ligne rouge inacceptable en visant des figures familiales totalement étrangères aux enjeux du pouvoir.
Les insultes lancées contre la mère du président, femme discrète et étrangère à la sphère politique, ainsi que contre son épouse, sont d’une gravité extrême. Ces propos m’ont profondément choqué.
Je ne me positionne pas en défenseur d’une politique ou d’une idéologie. Je m’élève contre une atteinte bien plus fondamentale : celle portée à notre dignité collective, à nos valeurs les plus profondes et à ce qui constitue l’âme même de notre nation.
L’insulte contre une mère : une attaque contre toutes les mères gabonaises
Lorsque la mère du président, figure apolitique par excellence, est traînée dans la boue par des propos orduriers, ce n’est pas seulement elle qui est visée. C’est l’ensemble des mères gabonaises qui se voient humiliées, réduites à des objets de mépris.
Lorsque l’épouse du chef de l’État est prise pour cible par des insultes obscènes, ce ne sont pas seulement deux personnes qui sont atteintes. Ce sont toutes les femmes du Gabon – nos sœurs, nos filles, nos épouses – qui sont symboliquement jetées dans l’opprobre.
Ce ne sont plus des individus qui sont insultés. Ce sont les repères mêmes de notre société qui sont sapés. Notre image nationale en prend un coup. Nos valeurs s’effritent. Et au-delà, c’est l’essence même de notre identité collective qui est menacée.
Des symboles nationaux piétinés
Dans toute nation, certains symboles transcendent les individus. La mère incarne la transmission. La grand-mère incarne la mémoire. La femme représente l’équilibre de la famille et de la société. Quant au père, il symbolise le lien intergénérationnel, la force tranquille qui maintient une communauté debout.
Quand ces figures sacrées deviennent les cibles d’insultes politiques, c’est une partie de notre patrimoine moral qui est détruite. C’est la dignité même de notre peuple qui est bafouée.
Ces dérives ne concernent pas uniquement les réseaux sociaux. Elles révèlent un mal profond : celui d’une société en crise, où le respect des aînés, l’honneur et le sens civique semblent s’effacer progressivement.
L’inversion des valeurs : quand l’insulte devient une distraction
Il fut un temps où le patriotisme, le respect des anciens et le sens de l’honneur faisaient partie de l’éducation de chaque citoyen. Aujourd’hui, une partie de ces repères semble s’être évanouie.
Nous assistons à une inversion inquiétante des valeurs : l’insulteur devient une star, celui qui humilie est encensé, et celui qui provoque attire davantage l’attention que celui qui construit. Quand l’insulte se transforme en spectacle médiatique, quand elle devient une distraction, c’est la vertu qui est reléguée au second plan.
Chaque rire complice, chaque partage de propos abjects, chaque banalisation de ces attaques participe à leur normalisation. Chaque Gabonais qui contribue, volontairement ou non, à cette dynamique devient un acteur de la dégradation de notre espace public.
La responsabilité collective face à la vulgarité politique
Je ne viens ni flatter le pouvoir, ni chercher une reconnaissance personnelle. Je ne défends ni le bilan du président, ni ses choix politiques. Je viens dire : STOP.
Il est urgent d’agir contre cette insalubrité verbale qui gangrène notre débat public. Et je tiens à saluer ces Gabonais qui, tout en contestant le président, refusent de franchir cette ligne rouge. Ils prouvent qu’une opposition responsable existe, capable de critiquer sans tomber dans la vulgarité.
L’activisme ne doit pas rimer avec irresponsabilité. Être libre ne signifie pas tout se permettre. On peut dénoncer, contester, manifester, avec force et détermination. Mais insulter une mère ou une femme n’est ni un argument, ni une preuve de courage, ni une manifestation de patriotisme.
Je suis fils. J’ai un père. J’ai une mère. Cette simple réalité me renvoie à une éducation, à une histoire, à une responsabilité. Elle m’oblige à refuser la banalisation de l’humiliation publique. Comment exiger le respect de nos enfants demain si nous acceptons que l’humiliation des parents devienne un divertissement aujourd’hui ?
Un engagement personnel contre la dégradation morale
Face à cette situation, je prends mes responsabilités. Je vais consulter des juristes pour explorer les voies légales permettant de lutter contre ces dérives. Cette démarche sera strictement personnelle, menée en mon nom propre, en tant que Gabonais, citoyen et fils.
Mon objectif n’est pas de museler la critique politique. Au contraire. Je souhaite voir émerger un débat public où l’intelligence, la contradiction et la responsabilité l’emportent sur l’insulte, l’obscénité et l’humiliation.
Le Gabon ne peut pas s’installer durablement dans cette spirale. Une nation ne se détruit pas uniquement par des crises économiques ou des instabilités politiques. Elle peut aussi se désagréger par l’effritement progressif de ses valeurs morales.
Quand l’insulte devient normale, quand la violence verbale est tolérée, quand l’humiliation devient un spectacle, ceux qui la propagent deviennent des modèles. Et quand ceux qui détruisent les valeurs sont célébrés, c’est toute la société qui s’engage sur une pente glissante.
Je refuse cette fatalité. Je refuse que nos mères deviennent des cibles. Je refuse que nos femmes soient instrumentalisées. Je refuse que nos pères soient insultés à travers leurs enfants. Je refuse que nos enfants grandissent dans une société où la vulgarité est récompensée plus que la vertu.
Trop, c’est trop. Je ne demande à personne d’aimer le président de la République. Je ne demande à personne d’approuver sa politique. Je demande simplement que nous soyons encore capables de nous respecter nous-mêmes.
Parce qu’insulter la mère de l’autre, c’est aussi insulter la représentation que nous avons de notre propre mère. Et quand un peuple ne protège plus ses valeurs, il perd peu à peu son âme. À chacun désormais d’assumer ses responsabilités. Moi, j’ai choisi d’agir.
Hugues Ongoundou