Cinq ans après le putsch du 24 mai 2021 : le Mali entre espoirs déçus et réalité brutale

Le Mali commémore aujourd’hui le cinquième anniversaire du coup d’État mené par le général Assimi Goïta. Depuis cette date, le pays traverse une période marquée par des tensions politiques et une détérioration de la sécurité, malgré les promesses initiales des nouveaux dirigeants. Entre répression accrue, montée des groupes armés et isolement diplomatique, la situation reste plus que jamais préoccupante.

Portrait d'Assimi Goïta

Une répression qui s’intensifie et une liberté d’expression en recul

Depuis 2021, les critiques envers le régime militaire se multiplient, mais la réponse du gouvernement est sans équivoque : restriction des libertés et muselage des oppositions. Les manifestations sont rares, les voix dissidentes sont réduites au silence, et certains journalistes ou militants ont choisi l’exil pour échapper à la répression. Les débats publics, autrefois animés, se sont progressivement étouffés, laissant place à une atmosphère de peur.

La sécurité, un échec cuisant pour les promesses de 2021

Les groupes djihadistes, comme le JNIM ou l’État islamique, ont consolidé leur emprise sur de vastes territoires du Mali. Les attaques coordonnées de fin avril 2024, menées conjointement par des rebelles touaregs et des extrémistes, ont rappelé l’ampleur de la menace. Ces événements, parmi les plus graves depuis 2012, ont révélé l’incapacité des autorités à protéger le pays. Les mercenaires russes, présents pour renforcer la sécurité, se sont retirés sans combattre, laissant le Mali face à lui-même. Quant à l’Alliance des États du Sahel (AES), composée du Niger, du Burkina Faso et du Mali, son soutien militaire s’est avéré quasi inexistant.

Des soldats du FLA dans une voiture

Une population sous pression : entre soutien au régime et résignation

Malgré les difficultés quotidiennes, une partie de la population malienne continue de soutenir le gouvernement militaire. Les raisons ? Un rejet des djihadistes, dont la charia est incompatible avec les modes de vie locaux, et une défiance envers les anciennes élites politiques, perçues comme corrompues et liées à l’Europe. Les jeunes, majoritaires dans le pays, se tournent massivement vers les réseaux sociaux, où la propagande pro-gouvernementale et les fausses informations circulent librement.

La population malienne, épuisée par des années de crise, semble avoir perdu foi en l’avenir. Les blocages économiques, les pénuries de carburant et l’insécurité alimentaire ont plongé le pays dans une précarité sans précédent. Pourtant, malgré ces épreuves, les Maliennes et Maliens refusent catégoriquement l’idée d’un gouvernement djihadiste. Cette position explique en grande partie le maintien en place du régime actuel, malgré les critiques persistantes.

Vers une solution négociée ? Entre espoir et réalisme

Face à l’échec des solutions purement militaires, certains observateurs évoquent la nécessité d’engager des discussions avec les factions djihadistes modérées. L’exemple de la Mauritanie, qui a combiné répression et compromis (comme l’interdiction de l’alcool), pourrait inspirer Bamako. Cependant, la route vers la paix reste semée d’embûches. Les djihadistes locaux, souvent motivés par des revendications territoriales ou sociales, ne cherchent pas à conquérir Bamako, mais à imposer leur loi dans certaines régions.

Assimi Goïta, Abdourahamane Tiani et Ibrahim Traore

Les défis sont immenses, et l’optimisme n’est pas de mise. Le Mali, cinq ans après le putsch, reste à la croisée des chemins. Entre répression interne, menaces extérieures et crise sociale profonde, le pays peine à trouver une issue durable. Une chose est sûre : sans changement radical de stratégie, la situation continuera de se dégrader.