Crise politique majeure au Sénégal après le limogeage du Premier ministre Ousmane Sonko
La rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, figure emblématique du pouvoir, plonge le Sénégal dans une profonde incertitude politique. Ce duo, élu sur un programme de renouveau, voit son alliance brisée après des mois de tensions croissantes.
Le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé vendredi le limogeage de son Premier ministre Ousmane Sonko, mettant fin à une collaboration marquée par des désaccords de plus en plus visibles. Élu avec 54 % des suffrages au premier tour en mars 2024, Bassirou Diomaye Faye doit une grande partie de sa victoire à son ancien mentor, Ousmane Sonko. Ce dernier, leader charismatique du Pastef et actuel président du parti présidentiel, avait été contraint de renoncer à se présenter en raison d’une condamnation pour diffamation le rendant inéligible.
À leur arrivée au pouvoir, les deux hommes formaient un tandem soudé, incarnant l’espoir d’un Sénégal nouveau. Leur libération simultanée après dix jours de détention avait électrisé la population, impatiente de tourner la page sur des années de crise politique et sociale. Le slogan « Diomaye moy Sonko, Sonko doy Diomaye » (« Diomaye c’est Sonko, Sonko c’est Diomaye ») symbolisait cette union apparente, aujourd’hui brisée.
Les divergences entre les deux responsables se sont accentuées, freinant la mise en œuvre des réformes promises. Leur désaccord sur la stratégie de réduction de la dette, qui s’élève à 132 % du PIB, a révélé des divergences profondes. Le Sénégal, deuxième pays le plus endetté d’Afrique subsaharienne, fait face à un défi économique majeur, aggravé par cette crise institutionnelle.
Une rivalité aux enjeux électoraux
Le renvoi d’Ousmane Sonko ouvre une période de turbulence politique. Bassirou Diomaye Faye, dont le parti détient une majorité écrasante à l’Assemblée nationale (130 sièges sur 165), doit désormais composer avec l’influence persistante de son ancien Premier ministre. Malgré sa mise à l’écart, Ousmane Sonko reste une figure incontournable, ayant remporté la présidentielle de 2024 et bénéficiant d’un soutien populaire indéniable.
« Sonko incarne une vision de souveraineté et de rupture avec les pratiques corrompues, tout en défendant une relation équilibrée avec la France », analysait récemment Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). « Il représente un espoir pour la jeunesse sénégalaise, malgré les défis économiques majeurs qui pèsent sur le pays. »