L’épidémie d’Ebola en RDC s’aggrave : l’OMS tire la sonnette d’alarme

La situation sanitaire en République démocratique du Congo (RDC) devient de plus en plus critique avec l’épidémie d’Ebola qui prend une ampleur sans précédent. Le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a livré ce 16 juillet une analyse inquiétante de l’évolution de cette maladie, deux mois après son officialisation par les autorités congolaises.

L’épidémie, causée par la souche Bundibugyo, s’est étendue à un rythme effréné, devenant la troisième plus importante jamais enregistrée sur le continent africain. En seulement deux mois, 2 073 cas ont été recensés, dont 796 décès. À titre de comparaison, l’épidémie de 2018-2019 avait mis plus de dix mois pour atteindre ce seuil.

Une propagation hors de contrôle dans la province de l’Ituri

La province de l’Ituri, épicentre de l’épidémie, concentre les plus grandes inquiétudes. Plus de 80 % des nouveaux cas sont détectés en dehors des chaînes de transmission connues, révélant des lacunes majeures dans la surveillance épidémiologique. Pire encore, deux tiers des décès surviennent au sein des communautés, sans que les victimes n’aient accès à des soins médicaux.

Le Dr Tedros a souligné lors de sa conférence de presse à Genève : « La transmission intense dans l’Ituri reste notre principale préoccupation. Nous devons impérativement identifier toutes les chaînes de transmission pour briser la chaîne de contamination. »

Une riposte entravée par l’insécurité et les défis logistiques

Malgré les efforts des autorités congolaises et de leurs partenaires internationaux, la riposte se heurte à des obstacles majeurs. Les conflits armés en cours limitent drastiquement l’accès aux zones touchées, tandis que l’attaque récente d’un centre de traitement à Bunia, chef-lieu de l’Ituri, a encore compliqué la situation.

L’OMS, en collaboration avec le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), tente de mobiliser les ressources nécessaires. La capacité de traitement a été portée à plus de 800 lits, tandis que 16 laboratoires sont désormais opérationnels. Près de 80 % des contacts sont suivis, et plus de 21 000 agents communautaires sont en formation pour renforcer la sensibilisation.

Des avancées médicales encourageantes malgré tout

Dans ce contexte sombre, quelques lueurs d’espoir émergent. Des essais cliniques pour de nouveaux traitements et vaccins sont en cours, notamment avec l’anticorps monoclonal MBP134 et l’antiviral remdesivir. Un premier essai du vaccin ChAdOx1, développé par l’Université d’Oxford, a débuté ce mois-ci, tandis qu’un test de l’antiviral obeldesivir est lancé en prophylaxie post-exposition.

« Même sans vaccin ou traitement homologué, 377 personnes ont déjà guéri grâce à un diagnostic précoce et des soins adaptés, prouvant qu’il est possible de survivre à cette maladie », a rappelé le Dr Tedros.

La RDC face à un défi humanitaire et politique

L’épidémie ne se limite pas à la RDC. L’Ouganda, voisin direct, a enregistré des progrès significatifs avec la sortie du dernier patient confirmé ce 16 juillet, marquant le début du compte à rebours de 42 jours avant la fin officielle de l’épidémie dans le pays. Cependant, le risque de propagation depuis la RDC reste élevé en raison des mouvements transfrontaliers incessants.

Face à cette crise, le Dr Tedros a insisté sur la nécessité d’une intervention politique urgente pour faciliter l’accès aux zones en conflit et permettre une riposte efficace. « Nous avons besoin de solutions politiques autant que techniques pour contenir cette épidémie », a-t-il déclaré.

Les autorités congolaises, bien que déterminées, appellent à une mobilisation internationale accrue. Malgré seize épidémies d’Ebola déjà maîtrisées dans le pays, la souche Bundibugyo présente des caractéristiques particulièrement contagieuses et meurtrières.

Les priorités immédiates pour enrayer la crise

Pour inverser la tendance, l’OMS a identifié plusieurs axes prioritaires :

  • Renforcer la surveillance en Ituri pour identifier toutes les chaînes de transmission
  • Améliorer les conditions d’inhumation pour éviter les contaminations post-mortem
  • Optimiser la prise en charge clinique des patients
  • Mobiliser les communautés pour une meilleure adhésion aux mesures préventives
  • Renforcer les capacités de riposte dans les provinces nouvellement touchées

Cette épidémie, classée comme urgence de santé publique de portée internationale depuis le 17 mai, rappelle cruellement les défis persistants en matière de santé publique en RDC. Entre fragilité des systèmes sanitaires, insécurité chronique et mouvements de populations, la lutte contre Ebola s’annonce plus complexe que jamais.

Photo d’illustration : enterrement d’un patient atteint d’Ebola