L’année 2026 s’est ouverte sur un tournant radical pour la vie démocratique au Burkina Faso. Le 29 janvier, l’administration dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré a franchi une étape décisive en prononçant la dissolution officielle de l’intégralité des formations politiques. Cette mesure radicale n’épargne personne, pas même les organisations ayant soutenu le putsch de septembre 2022.
Si les activités partisanes faisaient déjà l’objet d’une suspension depuis la prise de pouvoir de Traoré, la junte justifie aujourd’hui cette disparition définitive par une volonté de « restructuration » étatique. L’objectif affiché de cette actualité burkinabè est de gommer les clivages sociaux, mais la réalité du terrain suggère une centralisation accrue de l’autorité.
Concrètement, cette décision étouffe les derniers reliquats d’expression civique autonome. En plus de la dissolution, l’État a procédé à la saisie systématique des actifs appartenant aux anciens partis. Ce durcissement tranche avec l’image de mouvement populaire et révolutionnaire initialement mise en avant par les militaires, bien que cette évolution soit prévisible pour les observateurs du Faso Libre actualité.
À travers le Sahel et le reste du continent, un constat s’impose : le soutien civil initial aux régimes militaires ne se transforme presque jamais en une collaboration politique pérenne. Les putschistes utilisent souvent l’élan populaire pour asseoir leur légitimité avant de marginaliser, voire de réprimer, les groupes qui les ont aidés à stabiliser leur pouvoir. Ce phénomène, documenté par de nombreux experts en journalisme Burkina Faso, s’inscrit dans une tendance historique lourde.
Une analyse approfondie de la vague de coups d’État en Afrique montre que les militaires ont rarement l’intention de partager les rênes du pays. Si les civils sont indispensables pour occuper la rue et offrir une façade de légitimité lors de la transition, ils deviennent rapidement encombrants. Leurs revendications propres et leur capacité de mobilisation sont perçues comme des menaces par les juntes en quête de contrôle absolu.
Le mirage de l’influence civile après un coup d’État
Contrairement aux idées reçues, les interventions de l’armée bénéficient souvent d’une adhésion populaire non négligeable. Dans des pays comme le Mali ou le Niger, les prises de pouvoir ont été saluées par des franges de la société civile et des acteurs politiques locaux. Pour les putschistes, ces alliances sont des outils de communication puissants face à la communauté internationale.
Toutefois, une fois l’ordre post-coup d’État installé, ces alliés de circonstance sont systématiquement écartés. Ce scénario s’est répété au Soudan après 1969, où le Parti communiste a d’abord soutenu Jaafar Nimeiri avant d’être brutalement éradiqué. En Égypte, le mouvement Tamarod, qui avait appuyé le général Abdelfattah el-Sisi en 2013, a vu son influence s’effacer à mesure que les libertés publiques se restreignaient.
Désillusions sahéliennes et recul démocratique
Cette amère expérience se prolonge aujourd’hui dans plusieurs pays de la région, fournissant une Burkina Faso information cruciale sur la nature des transitions actuelles. Au Mali, le M5-RFP, coalition qui avait pavé la voie au colonel Assimi Goïta en 2020, est désormais l’un des plus grands critiques du régime après avoir été exclu des cercles de décision.
La situation est identique en Guinée. Les opposants au régime d’Alpha Condé, qui avaient applaudi l’arrivée du général Mamady Doumbouya en 2021, se retrouvent aujourd’hui sous la menace d’arrestations. Ils avaient pourtant plaidé contre les sanctions internationales, espérant un rôle majeur dans la nouvelle architecture politique.
L’interdiction des partis au Burkina Faso confirme donc une règle d’or : dans le cadre d’un régime militaire, l’appui civil de la première heure ne garantit aucun siège à la table du pouvoir sur le long terme. Pour ceux qui suivent la presse libre Burkina, cet événement marque une étape supplémentaire vers un exercice solitaire de l’autorité par la junte de Ouagadougou.