Le tribunal de Bamako a rendu un jugement sans appel : Mohamed Youssouf Bathily, plus connu sous le pseudonyme de Ras Bath, et Rokia Doumbia, surnommée Rose « la vie chère », écopent de sept années de prison ferme, assorties d’une peine totale de dix ans avec sursis. Les deux figures publiques maliennes sont reconnues coupables d’association de malfaiteurs et d’atteinte au crédit de l’État, des chefs d’accusation directement liés à leurs prises de position répétées contre le régime de transition dirigé par le colonel Assimi Goïta.
Une répression judiciaire qui s’intensifie contre les voix critiques
Cette condamnation ne constitue pas un cas isolé, mais s’inscrit dans une tendance de plus en plus marquée au Mali. Les autorités n’hésitent plus à recourir à l’appareil judiciaire pour museler les dissidences, qu’elles émanent de personnalités politiques, de militants ou de simples citoyens.
Les politiques sous le feu des poursuites
Les élites maliennes ne sont pas épargnées. Étienne Fakaba Sissoko, économiste et ancien conseiller présidentiel, purge actuellement une peine de prison pour avoir publié un essai dénonçant les dysfonctionnements de la transition. Il rejoint ainsi d’autres personnalités ciblées : Malick Coulibaly, ex-ministre de la Justice, ainsi que des responsables de partis d’opposition, tous confrontés à des poursuites ou à des détentions arbitraires.
Société civile et activistes pris pour cible
La répression s’étend également aux acteurs de la société civile. Clément Dembélé, connu pour son combat contre la corruption, a été incarcéré après avoir critiqué les orientations stratégiques du pouvoir. Les militants des réseaux sociaux subissent, quant à eux, des pressions croissantes : fermetures de comptes, intimidations, voire emprisonnements pour des publications jugées subversives, qu’il s’agisse de la crise économique ou de l’insécurité persistante.
Médias sous haute surveillance
Les journalistes locaux évoluent dans un climat de menace permanente. Les interpellations arbitraires et les suspensions d’antenne se multiplient, tandis que les grands médias internationaux se voient interdire l’accès au territoire malien. Cette stratégie de verrouillage de l’information prive la population d’un débat pluraliste, essentiel dans une démocratie.
Un jugement qui sonne comme un avertissement
Pour les avocats de Ras Bath et Rose « la vie chère », ce verdict illustre une instrumentalisation du système judiciaire au service d’une logique d’étouffement des libertés. Alors que la défense prépare un recours devant la Cour suprême, le message envoyé aux Maliennes et Maliens est clair : exprimer des désaccords, surtout sur des sujets sensibles comme le coût de la vie ou la gestion de la transition, expose désormais à des représailles judiciaires. Dans ce contexte, la liberté d’expression n’est plus qu’une coquille vide, sacrifiée sur l’autel d’un pouvoir soucieux de contrôler toute opposition.