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En quinze ans, Mboro, près de Kribi, est passée d’un village de pêcheurs à un pôle portuaire et industriel de premier plan au Cameroun. Retour sur les faits et les chiffres.

Le port en eau profonde de Kribi, construit par la China Harbour Engineering Company (CHEC), a profondément modifié le paysage économique et social du sud du Cameroun. Les première et deuxième phases achevées, l’infrastructure s’impose aujourd’hui comme un moteur de croissance et un levier d’amélioration des conditions de vie.

Une mutation urbaine visible

Là où s’étendaient des pistes en terre et une plage de sable, se dresse désormais l’un des ports les plus modernes d’Afrique centrale. Gu Gaobai, directeur général des projets de la CHEC au Cameroun, se souvient : « Lorsque nous nous sommes dirigés vers le site du projet, nous avancions péniblement sur d’étroites pistes en terre. A l’endroit choisi, nous ne voyions qu’une petite plage de sable et quelques récifs. »

La transformation est palpable le long des routes menant au port : une piste étroite a laissé place à une route à chaussées séparées avec passage pour piétons. De nouveaux bâtiments, commerces et équipements publics ont émergé. Pour Jean-Kalvin Assembe, habitant local de 50 ans, ces changements se ressentent dans la vie quotidienne : « Je suis heureux et épanoui dans cette ville. Même les petits commerces de quartier ont désormais des clients. »

Des immeubles, hôpitaux, universités et centres commerciaux jalonnent Kribi. Des lampadaires éclairent des routes autrefois obscures, et la zone portuaire reste fortement éclairée après la tombée de la nuit.

Les chauffeurs de poids lourds figurent parmi les bénéficiaires. Yaya Aboubakar, 68 ans, routier chevronné : « Le port nous a donné l’occasion de découvrir la région. Kribi nous a facilité les choses. Le service est également rapide. »

Un pôle industriel et logistique en plein essor

La zone industrielle du port de Kribi attire les investissements. Patrick Mpila Ayissi, responsable des infrastructures, indique que depuis 2018, les opérateurs ont investi près de 400 milliards de francs CFA (environ 700 millions de dollars), avec 93 autorisations d’occupation délivrées et 18 entreprises opérationnelles. L’ambition est passée d’une zone logistique de 455 hectares à une zone industrielle intégrée de 4 000 hectares.

Selon M. Ayissi, la zone devrait attirer près de 900 millions de dollars d’investissements et créer 50 000 emplois directs, avec jusqu’à 150 000 emplois directs et indirects au total d’ici 15 ans. Le port est devenu une plateforme stratégique pour l’Afrique centrale, desservant le Gabon, la République centrafricaine, le Tchad, le Congo et la Guinée équatoriale. Le trafic de conteneurs a quadruplé depuis 2018, dépassant 555 000 EVP en 2025, tandis que le volume global de marchandises a dépassé 12,7 millions de tonnes en 2024.

Pour accompagner cet essor, la CHEC a construit la route Kribi-Lolabé. Emmanuel Nganou Djoumessi, ministre camerounais des Travaux publics, souligne qu’elle « relie le port en eau profonde de Kribi aux principales villes du pays, facilitant les déplacements des personnes et le transport des marchandises, et contribuant ainsi à l’industrialisation du Cameroun. »

Des compétences qui transforment des vies

Les retombées se mesurent aussi dans les parcours professionnels. En 2013, Ngatugirius Ndenya, soudeur à Yaoundé, rejoint la CHEC à Kribi. « Lorsque je suis arrivé ici en 2013, les débuts ont été très difficiles pour moi », raconte cet homme de 53 ans. La CHEC a associé des travailleurs camerounais à des collègues chinois expérimentés pour favoriser l’acquisition de compétences. « Avant de venir ici, j’étais simplement soudeur sur plateforme. Mais maintenant, je peux tout faire dans le domaine de la soudure. Les jeunes qui sont arrivés ici n’étaient pas des techniciens, mais aujourd’hui, ils le sont. »

Armand Guehoada, chargé des affaires commerciales à la CHEC, témoigne : « Lorsque je suis arrivé ici, je n’avais absolument rien. J’avais quitté un emploi où je gagnais peut-être 100 000 francs CFA par mois. Au bout d’un certain temps, j’ai pu acheter un véhicule. Aujourd’hui, j’en suis à mon troisième. Je peux facilement subvenir aux besoins de ma famille. »

Gu Gaobai ajoute : « Au cours des 15 dernières années, nous avons formé un grand nombre de professionnels locaux dans les domaines de la construction portuaire et de l’ingénierie des grands projets. Beaucoup de ceux qui ont travaillé sur le port contribuent aujourd’hui au développement de la zone industrielle voisine. »

Cette année marque le 55e anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et le Cameroun, tandis que le port en eau profonde de Kribi célèbre les 15 ans du début de sa construction. « Kribi reste un symbole visible de la coopération entre le Cameroun et la Chine. Son développement repose depuis le départ sur des financements concessionnels accordés par des institutions chinoises, ce qui témoigne d’un partenariat véritablement inscrit dans la durée », estime Patrick Mpila Ayissi.

Pour Patrice Melom, directeur général de l’Autorité portuaire de Kribi, l’avenir est prometteur : « Il nous appartient désormais de mobiliser toutes nos énergies pour faire de cette infrastructure un véritable moteur d’une croissance durable, au service de la prospérité nationale et de l’intégration sous-régionale. »

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By Maimouna Hamani

Rédacteur Web