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Le Royaume-Uni a inscrit le Sénégal, aux côtés de huit autres États d’Afrique de l’Ouest, sur sa liste des nationalités astreintes au visa de transit aéroportuaire. La décision, consignée dans les directives du Home Office, s’applique sans phase transitoire et concerne même les passagers qui ne quittent pas la zone internationale lors d’une escale à Heathrow ou Gatwick. Conséquence directe : toute correspondance via Londres vers l’Amérique du Nord ou l’Asie exige désormais un document consulaire préalable.

Un dispositif consulaire étendu à neuf nationalités ouest-africaines

Le Sénégal rejoint huit autres pays de la sous-région sur la liste des nationalités soumises au Direct Airside Transit Visa. Concrètement, tout ressortissant concerné doit obtenir un visa avant le départ, y compris pour une escale de quelques heures dans un aéroport britannique. La procédure implique des frais, une prise de rendez-vous, un dépôt de dossier biométrique et des délais qui peuvent s’avérer incompatibles avec les impératifs d’un voyageur d’affaires.

Le Home Office justifie ce type d’extension par des impératifs de sécurité migratoire, en particulier la lutte contre les demandes d’asile déposées en zone de transit et les tentatives de franchissement irrégulier de la frontière britannique. Les données précises ayant motivé l’ajout du Sénégal n’ont pas été rendues publiques, mais la mesure s’inscrit dans un durcissement plus large des flux en provenance d’Afrique subsaharienne engagé depuis plusieurs mois par Londres.

Une décision à forte portée politique pour Dakar et la sous-région

Pour le Sénégal, cette décision tombe à un moment charnière. Sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye, le pays mise sur la mobilité de ses cadres, de ses étudiants et de ses opérateurs privés vers les grandes places financières mondiales. L’ajout à la liste britannique complique mécaniquement les liaisons vers Washington, Toronto, Ottawa ou Séoul lorsqu’elles transitent par Londres, alors que British Airways et Virgin Atlantic exploitent des correspondances stratégiques depuis Dakar via l’Europe.

Le geste britannique contraste avec la rhétorique de partenariat renforcé que Londres déploie depuis le Brexit envers le continent africain. Le Royaume-Uni a multiplié les sommets d’investissement, notamment le UK-Africa Investment Summit, censés positionner la City comme partenaire de premier plan face à Paris, Pékin et aux capitales du Golfe. La barrière consulaire nouvellement érigée pourrait toutefois inciter les chancelleries de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à envisager des mesures de réciprocité.

Répercussions sur les flux d’affaires et les diasporas

Les diasporas ouest-africaines établies au Canada et aux États-Unis figurent parmi les premières touchées. De nombreuses familles empruntent des vols avec correspondance à Londres pour rejoindre Dakar, Abidjan, Accra ou Lagos, souvent pour des raisons tarifaires. L’obligation de solliciter un visa de transit renchérit le coût réel du voyage, allonge les délais de préparation et détourne potentiellement une partie du trafic vers Paris, Amsterdam, Bruxelles ou Istanbul, dont les régimes de transit restent plus souples pour les passeports ouest-africains.

Les compagnies aériennes britanniques pourraient en subir les conséquences commerciales. Un report du trafic vers des hubs continentaux européens ou moyen-orientaux affaiblirait la position de Londres sur l’axe Afrique de l’Ouest-Amérique du Nord, particulièrement lucratif. Emirates, Turkish Airlines et Ethiopian Airlines, déjà très présentes sur ce couloir, pourraient capter une part des voyageurs découragés par la complexité administrative britannique.

Reste la question diplomatique. La décision, prise unilatéralement, n’a fait l’objet d’aucune concertation formelle avec les États concernés. Dakar et ses homologues devraient examiner dans les prochaines semaines les options disponibles, allant du simple communiqué de protestation à des ajustements réglementaires envers les ressortissants britanniques en visite d’affaires. La mesure est déjà entrée en application.

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By Maimouna Hamani

Rédacteur Web