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La visite de Macky Sall divise profondément le Sénégal

Les familles des victimes de la répression et la société civile dénoncent une provocation politique face à l’arrivée de l’ancien président.

Portrait de Macky Sall

L’annonce de la venue de Macky Sall au Sénégal ce vendredi a déclenché une vague de réactions contrastées dans le pays. Entre indignation et soutien, la société sénégalaise se fracture autour de cette visite officielle.

Les proches des victimes des violences politiques et des détentions arbitraires expriment une colère viscérale. Pour eux, la présence de l’ancien chef de l’État représente une insulte à la mémoire des disparus et un déni de justice.

Salimaa Thiam, dont le fils Ousmane Dia a péri lors des événements de 2023, partage son désarroi : « Apprendre l’arrivée de Macky Sall rouvre une blessure qui n’est pas encore refermée. Je n’ai pas fini de faire mon deuil, et déjà cette nouvelle me replonge dans la douleur. »

Elle ajoute avec amertume : « Nous ne voulons pas de lui au Sénégal. Il est responsable de notre malheur. Sans ses décisions, il serait simplement un citoyen comme les autres. Mais pas lui. Qu’il reste loin de notre terre. »

Manifestation à Dakar en 2024

Mabinta Bibi Djiba, emprisonnée à deux reprises en 2021 et 2024, partage ce sentiment de trahison. « Quand le président Diomaye Faye évoque la réconciliation, il oublie l’essentiel : établir les responsabilités d’abord. »

Une trahison politique selon les opposants

Guy Marius Sagna, député du mouvement Pastef, dénonce une décision incompréhensible. « Non seulement la justice n’a toujours pas été rendue, mais en plus, le président soutient la candidature de Macky Sall à l’ONU. Quelle trahison après ses promesses de campagne ! »

Jeune homme avec une pancarte pro-Macky Sall devant l'ONU

Il poursuit : « Le président Diomaye Faye jurait de ne jamais décevoir. Comment peut-il recevoir celui qui incarne la torture, les assassinats politiques et les détentions arbitraires entre 2021 et 2024 ? »

Le collectif des victimes de Macky Sall qualifie cette visite, avalisée par le Palais présidentiel, de véritable provocation. Pour eux, elle bafoue la mémoire de tous ceux qui ont souffert de la répression.

Le poids des divisions politiques

Le professeur Adama Sadio, politologue à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, analyse cette polémique sous l’angle des clivages partisans. « Les victimes sont souvent perçues comme des militants ou sympathisants du Pastef. Leurs revendications sont instrumentalisées pour fragiliser Diomaye Faye. »

Il souligne : « Chaque camp politique instrumentalise cette situation à sa manière. Les victimes, elles, restent les grandes oubliées de ce jeu. »

Cette visite cristallise les tensions entre mémoire collective et réalpolitik. Alors que les familles des victimes réclament justice, le pouvoir en place semble privilégier d’autres priorités.