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l’Algérie et le Maroc : une rivalité qui façonne la politique algérienne
Introduction
Parmi les relations bilatérales les plus tendues du monde arabe et africain se distingue celle qui unit l’Algérie et le Maroc. Depuis leur indépendance respective, ces deux nations ont entretenu une relation oscillant entre méfiance mutuelle et affrontements ouverts, marquée par des conflits frontaliers, des ruptures diplomatiques et une rivalité géopolitique persistante. Mais au-delà des tensions évidentes, une question se pose : la politique extérieure de l’Algérie est-elle désormais structurée autour d’une opposition systématique au Maroc ? Cette hypothèse, bien que partielle, éclaire une réalité complexe où l’histoire coloniale, les différends territoriaux et les enjeux identitaires s’entremêlent pour façonner une dynamique régionale unique.
Des origines coloniales à la guerre des Sables
Les racines de l’antagonisme remontent à la période coloniale, lorsque les frontières tracées par les puissances européennes ont créé des tensions durables. La guerre des Sables de 1963, bien que courte, a ancré dans les mémoires des deux côtés une méfiance durable. Pour l’Algérie, cette guerre a confirmé la perception d’un Maroc perçu comme expansionniste, tandis que le Maroc y a vu une Algérie idéologiquement alignée sur des intérêts soviétiques prête à recourir à la force. Ces perceptions, bien que biaisées, ont persisté et resurgi à chaque crise ultérieure, façonnant une relation où chaque événement est interprété à travers le prisme de cette rivalité.
Le Sahara occidental : un conflit qui structure les relations
Le différend du Sahara occidental, né du retrait espagnol en 1975, est devenu le cœur de la rivalité algéro-marocaine. Le Maroc, après la Marche verte, a annexé et administré la majeure partie du territoire, proposant un plan d’autonomie sous souveraineté marocaine. L’Algérie, tout en niant toute ambition territoriale, soutient le Front Polisario et la République arabe sahraouie démocratique (RASD) au sein des instances internationales. Chaque partie présente sa position comme un principe sacré : l’autodétermination pour Alger, l’intégrité territoriale pour Rabat. Cette opposition irréconciliable a transformé un conflit territorial en un élément central de la politique étrangère algérienne, influençant ses alliances régionales et ses choix diplomatiques.
La diplomatie algérienne : une opposition systématique au Maroc
L’Algérie a intégré la rivalité avec le Maroc dans sa politique étrangère à travers plusieurs canaux. Au sein de l’Union africaine, elle a joué un rôle clé dans l’admission de la RASD en 1984, provoquant le retrait marocain jusqu’en 2017. La normalisation marocaine avec Israël en 2020 a été perçue à Alger comme une menace stratégique, alimentant la rhétorique d’un « axe anti-algérien » associant Rabat, Washington et Tel-Aviv. En 2021, l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc, fermé son espace aérien et suspendu le Gazoduc Maghreb-Europe, illustrant l’institutionnalisation de cette opposition.
La rivalité et ses impacts économiques
L’Union du Maghreb arabe, créée en 1989, reste un projet inabouti en raison de cette rivalité. Le commerce intrarégional est l’un des plus faibles au monde, et la fermeture de la frontière terrestre depuis 1994 a favorisé une économie informelle de contrebande. La suspension du gazoduc Maghreb-Europe en 2021 a mis fin à une interdépendance énergétique vieille de décennies, tandis que le Maroc a développé des projets parallèles comme le gazoduc Nigeria-Maroc, évitant le territoire algérien. Ces choix économiques reflètent une logique de compétition plutôt que de coopération, au détriment du potentiel régional.
Une rivalité qui dépasse la diplomatie
La rivalité algéro-marocaine s’étend à la politique intérieure algérienne. Face à des défis de légitimité, comme le Hirak de 2019, l’État a parfois mobilisé la menace extérieure marocaine pour consolider son pouvoir. Cette stratégie, bien que réductrice, illustre comment la rivalité avec le Maroc est devenue un outil de gouvernance, détournant l’attention des problèmes internes. Par ailleurs, les dépenses militaires élevées des deux pays, justifiées par des menaces régionales, sont souvent interprétées à travers le prisme de cette compétition mutuelle, créant un cercle vicieux de méfiance et d’escalade.
Identité amazighe : un héritage partagé ou un champ de bataille
L’identité amazighe, commune aux deux pays, est un autre terrain de rivalité. L’Algérie a reconnu tamazight comme langue officielle en 2016, tandis que le Maroc l’a fait en 2011. Pourtant, les interprétations de cette identité diffèrent radicalement. En Algérie, les revendications autonomistes kabyles sont perçues comme une menace à l’unité nationale, tandis qu’au Maroc, l’amazighité est intégrée dans un récit national inclusif centré sur la monarchie. Cette divergence illustre comment un héritage culturel partagé peut être instrumenté pour alimenter la rivalité plutôt que favoriser la coopération.
Perspectives : vers une coopération ou une rivalité éternelle ?
L’avenir du Maghreb dépendra de la capacité des deux pays à dépasser cette rivalité. Des mesures de confiance, comme des dialogues techniques sur les menaces sahéliennes ou des échanges économiques sectoriels, pourraient éroder l’impasse actuelle. Cependant, cette concrétisation dépend de conditions politiques internes complexes, notamment la transition post-Hirak en Algérie et la consolidation diplomatique du Maroc autour de sa revendication sahraouie. La recomposition des alignements extérieurs, avec l’influence croissante des États-Unis, de la Russie et de la Chine, ajoute une couche supplémentaire de complexité à cette équation.
Conclusion
La rivalité entre l’Algérie et le Maroc n’est pas un simple conflit bilatéral : elle est devenue un principe organisateur de la politique algérienne, influençant sa diplomatie, son économie, sa sécurité et même sa politique intérieure. Si elle n’explique pas à elle seule toutes les actions de l’Algérie, elle constitue un fil conducteur dans une stratégie régionale complexe. Les coûts de cette rivalité, mesurables en termes d’intégration économique manquée, de dépenses militaires élevées et de potentiel régional inexploité, rappellent que cette dynamique, bien qu’ancrée dans l’histoire, n’est pas une fatalité. Le Maghreb a tout à gagner à transformer cette rivalité en une coopération pragmatique, mais cela nécessitera des concessions difficiles et une vision partagée d’un avenir commun.