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Le rapport publié le 28 septembre 2026 par Amnesty International établit un bilan accablant des opérations militaires menées au Mali entre 2023 et 2025. L’organisation accuse les Forces armées maliennes, accompagnées de combattants du groupe Wagner, d’avoir commis des crimes de guerre contre des civils. Au moins 34 personnes ont été tuées dans sept localités, selon les recherches menées en Mauritanie auprès de 119 réfugiés originaires des régions de Ségou, Mopti et Tombouctou.

Des exactions documentées dans le centre et le nord du Mali

Les témoignages recueillis font état de violences extrêmes. Certaines victimes auraient été tuées alors qu’elles tentaient de fuir ou après leur arrestation. Amnesty International rapporte des cas d’égorgement et de personnes brûlées vives. À Tin Adanda, dans la région de Tombouctou, quatre civils auraient été tués lors d’une patrouille conjointe en février 2025.

Les populations pastorales — communautés peules, arabes et touarègues — figurent parmi les principales cibles. L’organisation met en garde contre un risque de généralisation : assimiler une communauté entière à des groupes armés expose des civils à des représailles collectives.

Torture et détentions arbitraires dans les bases militaires

Quinze hommes ont déclaré avoir subi des actes de torture lors de patrouilles ou dans des bases militaires à Léré et Nampala. Leurs récits ont été corroborés par des témoins ayant assisté à des sévices sur une trentaine de personnes. Les méthodes décrites incluent la suspension par les bras, la simulation de noyade, des coups de barres métalliques et des décharges électriques. Cinq détenus seraient morts des suites de ces traitements ou de mauvaises conditions de détention. Ces actes auraient été principalement commis par des membres de Wagner, parfois en présence de militaires maliens.

Les frappes de drones au cœur des accusations

Deux frappes de drones menées en 2025 dans la région de Tombouctou auraient fait au moins 23 morts, dont cinq enfants. Le cas le plus documenté concerne le marché d’Ejdeir, touché le 16 mars 2025 : 16 personnes tuées et sept blessées. Amnesty affirme n’avoir trouvé aucun élément établissant la présence de combattants ou d’objectifs militaires sur les lieux au moment de l’attaque. Les autorités maliennes avaient évoqué des « réunions de terroristes ». L’organisation estime que ces frappes pourraient constituer des attaques directes contre des civils et devraient faire l’objet d’une enquête pour crime de guerre.

Wagner remplacé par Africa Corps : quelle responsabilité ?

Le rapport intervient alors que la présence russe au Mali a évolué. Le groupe Wagner, présent depuis fin 2021, a été remplacé en juin 2025 par l’Africa Corps, structure sous contrôle du ministère russe de la Défense. Amnesty International demande aux autorités maliennes de clarifier publiquement leurs relations avec cette entité et les mécanismes de contrôle applicables à ses membres. Pour l’organisation, le changement de structure ne doit pas entraîner une absence de responsabilité en cas de violations du droit international.

Un conflit qui dépasse les seules forces gouvernementales

Amnesty International souligne que les exactions documentées ne peuvent être attribuées à un seul camp. Les groupes armés actifs au Mali ont également été accusés d’homicides illégaux, d’enlèvements et d’autres abus contre les civils. La situation humanitaire reste préoccupante : plus de 2 036 écoles étaient fermées en raison de l’insécurité, privant des centaines de milliers d’enfants d’éducation.

L’impunité en question

Amnesty International affirme avoir transmis ses conclusions aux autorités maliennes le 3 août 2026, sans recevoir de réponse à ce jour. L’organisation appelle Bamako à ouvrir des enquêtes « effectives et impartiales » et à poursuivre les responsables devant des juridictions respectant les garanties d’un procès équitable. La décision du Mali de se retirer du Statut de Rome en juin 2026 ne mettrait pas fin aux procédures déjà engagées devant la Cour pénale internationale, selon Amnesty.

Pour les populations de Ségou, Mopti et Tombouctou, l’urgence reste de survivre dans un conflit où la distinction entre combattants et civils demeure fragile. Derrière les chiffres — 34 morts documentés, des dizaines de détenus torturés — se cache une réalité plus difficile à mesurer : des familles déplacées, des villages désertés et une population prise entre la menace des groupes armés et les opérations des forces de sécurité. Le rapport rappelle une exigence fondamentale : la lutte contre les groupes armés ne dispense aucune partie de protéger les civils.

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By Issoufou Boubacar

Rédacteur senior