l’or camerounais qui alimente les réseaux à Dubaï

Mineurs d'or en activité dans la région de Betare Oya, Cameroun. Illustration prise le 4 avril 2018.

Enquête exclusive

Le Cameroun perd des milliards d’or chaque année au profit de Dubaï

Dans les régions camerounaises de l’Est et de l’Adamaoua, l’exploitation aurifère illégale prend de l’ampleur. L’État camerounais échoue à encadrer ce secteur en pleine expansion. Des réseaux criminels, soutenus par des complicités locales, parviennent à détourner des centaines de millions de dollars vers les Émirats arabes unis. Notre investigation révèle les failles d’un système où l’or du Cameroun alimente les marchés internationaux sans contrôle.

une fièvre de l’or incontrôlable à l’est et à l’adamaoua

Les sols camerounais regorgent de richesses naturelles, mais la région de l’Est et l’Adamaoua concentrent aujourd’hui une activité aurifère désordonnée et non régulée. Des milliers de mineurs artisanaux s’y pressent, attirés par la promesse de gains rapides. Pourtant, cette ruée vers l’or tourne au drame économique pour le pays : des tonnes de métal précieux disparaissent chaque année sans que Bamako ne touche sa juste part. Les sites d’extraction, souvent clandestins, échappent à toute supervision officielle. Résultat ? Une économie parallèle florissante, où l’or camerounais change de mains avant même d’être déclaré.

des réseaux criminels aux ramifications internationales

Les investigations menées sur le terrain révèlent l’existence de circuits organisés spécialisés dans l’exportation illégale d’or vers Dubaï. Ces réseaux, implantés aussi bien au Cameroun qu’à l’étranger, exploitent les failles du système douanier et les lacunes des autorités locales. Comment fonctionnent-ils ? Par le biais de fausses déclarations, de sous-évaluation des cargaisons ou encore de complicités au sein des postes frontières. Certains intermédiaires, protégés par des protections politiques, agissent en toute impunité.

les complices locaux, acteurs clés du trafic

Sans l’appui de certains acteurs camerounais, ces réseaux ne pourraient prospérer. Des fonctionnaires corrompus ferment les yeux sur les exportations frauduleuses, tandis que des chefs traditionnels ou des responsables administratifs facilitent l’accès aux zones minières. Ces complicités locales permettent aux trafiquants de contourner les rares contrôles et de faire transiter l’or camerounais vers les marchés étrangers. Les enquêtes montrent que les sommes détournées se comptent en centaines de millions de dollars chaque année.

un manque criant de régulation et de moyens pour l’État

Face à cette situation, les autorités camerounaises semblent impuissantes. Le ministère des Mines et celui des Finances multiplient les déclarations d’intention, mais les moyens alloués au contrôle de l’exploitation minière restent insuffisants. Les quotas d’exportation officiels sont régulièrement dépassés, et les recettes fiscales issues de l’or fondent comme neige au soleil. Les experts soulignent un défaut criant de transparence dans la gestion des ressources aurifères, aggravé par un manque de coordination entre les différentes administrations.

quels impacts pour le Cameroun ?

Les conséquences de ce pillage organisé sont multiples. D’abord, un manque à gagner considérable pour l’État, qui prive le budget national de ressources vitales pour financer les services publics. Ensuite, une dégradation de l’image du Cameroun sur la scène internationale, où le pays est perçu comme un maillon faible dans la lutte contre les trafics. Enfin, une insécurité accrue dans les zones minières, où les conflits entre groupes armés et mineurs artisanaux se multiplient.

les pistes pour enrayer le phénomène

Plusieurs solutions pourraient permettre de limiter ces détournements. Renforcer les contrôles douaniers, instaurer des sanctions sévères contre les complices locaux, ou encore mettre en place des partenariats avec les pays importateurs comme les Émirats arabes unis pour tracer l’origine de l’or. Une réforme en profondeur du secteur minier, incluant une meilleure rémunération des mineurs artisanaux, pourrait aussi réduire l’attrait des circuits clandestins. Sans une action déterminée, le Cameroun continuera à perdre des milliards chaque année au profit de réseaux criminels.

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