Mali : pourquoi Bruno Fuchs prône des négociations avec le JNIM
Les propos tenus par Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, ont récemment fait réagir. Ce dernier, proche d’Emmanuel Macron et présent lors de ses déplacements officiels, a évoqué sans détour la possibilité de négocier avec le JNIM, groupe armé affilié à al-Qaida, dans le cadre de la crise malienne.
Lors d’une prise de parole remarquée, il a balayé d’un revers de main les promesses d’apaisement entre la France et le Mali, mettant en avant une réalité bien plus complexe. « Si l’on élimine les tensions comme le franc CFA ou les restrictions de visas, Paris retrouvera son statut d’allié désiré », a-t-il affirmé, avant de souligner la persistance de l’influence russe dans la région, jugée préoccupante.
L’intervention de Bruno Fuchs a surtout révélé une contradiction flagrante dans la stratégie française au Sahel. Alors que Bamako renforce ses liens avec Moscou, le député centriste a multiplié les déclarations audacieuses, évoquant même la chute prochaine de la junte militaire dirigée par le colonel Assimi Goïta.
« Sortir la France du Mali fut une erreur »
Interrogé sur les conséquences du départ des forces françaises, Bruno Fuchs n’a pas hésité à qualifier cette décision de « contre-productive ». Sans confirmer explicitement si Paris se réjouissait des difficultés rencontrées par les partenaires russes, il a martelé que la présence française était indispensable pour éviter un chaos plus large. « La junte malienne est en position de faiblesse face au FLA et au JNIM », a-t-il déclaré, laissant entendre que le pouvoir en place à Bamako pourrait s’effondrer sous peu.
Le député a ensuite esquissé deux futurs possibles pour le Mali. Le premier scenario mise sur une négociation entre les autorités maliennes et les groupes armés, avec une transition politique de trois à six mois. Une hypothèse qui soulève une question cruciale : « Comment intégrer le JNIM dans la gouvernance du pays ? »
Bruno Fuchs a même affirmé que le groupe pourrait déposer les armes à condition de participer à la vie politique, sans pour autant revendiquer le contrôle total du territoire. Une proposition qui interroge, alors que le JNIM a déjà coûté la vie à 57 soldats français dans la région.
Le second scenario, plus alarmant, évoque un Mali transformé en « Afghanistan du Sahel », avec des répercussions régionales majeures, touchant des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Bénin.
Les Russes prêts à quitter Bamako ?
Sur un ton catégorique, Bruno Fuchs a assuré que les forces russes seraient en train de négocier leur départ du Mali. « Ils ont replié leurs positions et entament des discussions », a-t-il affirmé, tout en reconnaissant que l’issue dépendrait de la junte et du JNIM. Il a ajouté que Moscou souhaiterait conserver un accès aux mines d’or maliennes, malgré des revendications territoriales discutables.
En filigrane, le député a réaffirmé la légitimité de la France à exploiter les ressources du Mali, au nom de sa « fiabilité » et de ses engagements, en opposition aux États-Unis et à la Russie, présentés comme des acteurs moins stables. Pourtant, il a concédé que Paris devait apprendre à « travailler avec tous les partenaires », y compris ceux qu’il critique par ailleurs.
Finalement, ces déclarations laissent entrevoir une stratégie française en pleine recomposition, entre volonté de dialogue et maintien d’une influence régionale contestée.