Après les attentats de Casablanca en 2003, les autorités marocaines n’ont pas seulement renforcé les mesures sécuritaires. Elles ont aussi lancé une profonde réforme de l’encadrement religieux, en formant des imams et en luttant contre les discours radicaux.

Une analyse récente montre que cette approche s’inscrit dans une stratégie globale de prévention, de déradicalisation et de consolidation des institutions religieuses.

Le rôle central de la Commanderie des croyants

Au centre de ce modèle se trouve la Commanderie des croyants (Imarat al-Mouminine), une institution placée sous l’autorité du roi Mohammed VI et inscrite dans la Constitution. Elle donne au souverain une légitimité religieuse pour trancher les questions doctrinales et promouvoir un islam modéré.

Les auteurs du rapport soulignent que ce qui distingue le Maroc des autres États ayant tenté de réguler le champ religieux est que cette régulation s’exerce de l’intérieur même de la sphère religieuse, le souverain étant reconnu comme une autorité religieuse et non comme un simple superviseur politique.

Le modèle marocain repose également sur trois références doctrinales majeures : le malikisme, tradition juridique historiquement implantée au Maghreb et au Sahel ; l’acharisme, qui favorise une articulation entre foi et raison ; et le soufisme, qui répond aux aspirations spirituelles et communautaires parfois exploitées par les mouvements extrémistes.

Le roi Mohammed VI. du Maroc au milieu

L’influence du modèle marocain au Sahel

Pour de nombreux observateurs, le Royaume a su élaborer une réponse originale à la menace extrémiste en privilégiant la prévention et l’encadrement religieux en complément des mesures sécuritaires.

Un spécialiste des questions de sécurité partage cette analyse. Selon lui, plusieurs pays du Sahel confrontés à la menace djihadiste peuvent s’inspirer de certains aspects de l’expérience marocaine. Il souligne toutefois que la transposition du modèle présente des limites importantes, car la stabilité observée au Maroc repose en grande partie sur le statut particulier du roi Mohammed VI en tant que Commandeur des croyants, une fonction qui bénéficie d’une reconnaissance auprès des populations.

L’étude met également en avant les initiatives marocaines en matière de prévention et de déradicalisation, à travers le programme Moussalaha, qui vise la réconciliation religieuse et sociale des personnes condamnées pour des faits liés au terrorisme. Elle rappelle aussi le rôle de l’Institut Mohammed VI, qui forme chaque année plusieurs centaines d’imams africains afin de promouvoir un islam de modération dans différents pays de la région.

La mosquée Hassan II de Casablanca, Casablanca-Settat, au Maroc.

Les défis du numérique et de la reproductibilité

Malgré ses résultats, le modèle marocain n’est pas exempt de critiques ou de défis. Un expert relève notamment que la standardisation des prêches permet d’empêcher l’utilisation des mosquées officielles comme vecteurs de discours radicaux, mais qu’elle favorise l’émergence d’un islam institutionnel parfois perçu comme éloigné des préoccupations quotidiennes des fidèles.

Le même expert identifie également la montée en puissance des espaces numériques comme l’un des principaux défis actuels. Les discours radicaux circulent désormais largement en dehors des cadres traditionnels de régulation religieuse, ce qui réduit l’efficacité des mécanismes de contrôle institutionnels.

Autre limite soulevée par l’étude : la difficulté à reproduire ce modèle dans d’autres contextes nationaux. Si plusieurs États sahéliens s’en inspirent, ses fondements reposent largement sur des spécificités marocaines, notamment la Commanderie des croyants et la légitimité historique de la monarchie, des éléments qui ne disposent pas d’équivalents dans la plupart des pays de la région.

Les auteurs du rapport considèrent ainsi que le modèle marocain doit davantage être vu comme une source d’inspiration que comme une formule reproductible à l’identique. Ils estiment qu’il offre néanmoins des pistes de réflexion utiles pour renforcer la résilience des sociétés confrontées à la radicalisation et aux fractures identitaires, dans un contexte sahélien marqué par de fortes turbulences sécuritaires.