Rapprochement historique entre Bamako et Alger : vers une nouvelle ère de coopération

Drapeaux du Mali et de l'Algérie flottant côte à côte

Le Mali et l’Algérie marquent un tournant décisif dans leurs relations bilatérales après des mois d’affrontements diplomatiques intenses. Après l’incident du 31 mars 2025, où un drone malien a été abattu près de Tinzawatene à la frontière commune, les deux pays ont connu une escalade sans précédent. Bamako avait alors saisi la Cour internationale de Justice, accusant Alger de soutenir des groupes armés dans la sous-région.

Les tensions avaient atteint leur paroxysme en janvier 2024, lorsque les autorités maliennes avaient dénoncé l’accord de paix issu du processus d’Alger de 2015, optant pour une approche purement militaire pour reprendre le contrôle du nord du Mali, notamment la région de Kidal.

Parmi les griefs adressés à l’Algérie figuraient l’accueil de responsables de l’ex-rébellion touarègue de Kidal ainsi que de l’imam Mahmoud Dicko, figure influente ayant contribué à la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, alors en conflit ouvert avec l’élite militaire au pouvoir.

Un lien historique et économique indéniable

Boubacar Mahamane Maïga, porte-parole du collectif Une Voix pour Tombouctou, salue cette détente et rappelle l’importance des liens ancestraux entre les deux nations. Pour lui, ces relations dépassent largement le cadre diplomatique :

« Ces échanges remontent à des siècles. L’Algérie représente un partenaire économique vital pour le nord du Mali, notamment pour Tombouctou. Historiquement, les réseaux commerciaux transsahariens transitaient par Alger. Des produits emblématiques de Tombouctou, comme le Tawabel ou l’oignon de Touat, proviennent directement de cette région algérienne. Cheick Abdoul Kassim Attouaty, l’un des 333 saints de Tombouctou, y est même enterré. »

Perspectives sécuritaires : un nouveau départ ?

Kaou Abdrahamane Diallo, analyste en politique africaine, voit dans ce réchauffement des relations une opportunité majeure pour renforcer la stabilité au Sahel. Selon lui, le Mali ne peut se permettre de maintenir des frontières perméables ni une insécurité chronique à sa frontière nord. Il déclare :

« Le Mali a besoin d’un partenariat solide avec l’Algérie pour sécuriser ses frontières et mettre fin aux menaces terroristes. Nous espérons que ce dégel permettra de rétablir des relations aussi fortes qu’avant, où chaque pays a apporté son soutien à l’autre. La Russie, par l’intermédiaire de Sergueï Lavrov, a joué un rôle clé dans cette médiation, soulignant l’importance de préserver la cohésion entre alliés au Sahel. »

Cette réconciliation, favorisée par l’intervention de Moscou, pourrait bien redéfinir l’équilibre géopolitique de la région, en renforçant la coopération sécuritaire et économique entre Bamako et Alger.