Le Sénégal face au défi des investissements étrangers : entre opportunités et freins structurels

Les investissements directs étrangers (IDE) au Sénégal ont connu une chute spectaculaire en 2025, passant de trois milliards de dollars annuels en moyenne sur quatre ans à seulement 37 millions de dollars. Cette baisse brutale, révélée par les données de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), interroge sur les causes de ce retournement de tendance.

Vue panoramique du centre-ville de Dakar, capitale économique du Sénégal.

Une conjoncture défavorable après l’engouement des grands projets

Cette chute des IDE s’explique en grande partie par la finalisation des mégaprojets pétroliers et gaziers de Sangomar et Grand Tortue. Ces investissements massifs ont marqué la période 2021-2024, mais leur phase principale est désormais achevée. Les capitaux étrangers se concentrent désormais sur la phase de production, moins attractive pour les investisseurs extérieurs.

Pourtant, selon Moubarak Lo, ancien conseiller économique de la primature et consultant indépendant, le Sénégal conserve un potentiel d’attractivité bien supérieur aux chiffres enregistrés en 2025. « Le pays pourrait attirer entre trois et cinq milliards de dollars par an de manière structurelle », estime-t-il. Cependant, il souligne un manque criant de stratégie proactive pour séduire les investisseurs : « Le Sénégal ne dispose pas d’un réseau actif de promotion des investissements à l’international. Les roadshows ponctuels ne suffisent pas. Il faut une démarche proactive et ciblée, notamment pour les investissements directs, et non se contenter d’attendre passivement les opportunités. »

L’endettement et la visibilité : des obstacles surmontables ?

Avec une dette publique représentant 132% du PIB fin 2024, le Sénégal pourrait, a priori, effrayer les investisseurs. Pourtant, comme le rappelle Justin Maria, directeur France d’Access Bank, la dette n’est pas un frein en soi. Il cite l’exemple de la France, dont la dette dépasse les 3 500 milliards d’euros mais qui continue d’attirer des capitaux privés. Pour lui, le vrai problème réside dans l’absence de visibilité sur la santé des finances publiques et des liquidités à court terme.

« Le Sénégal est désormais perçu comme un pays à risque, non pas sur ses fondamentaux à long terme, mais sur sa situation immédiate. Les investisseurs manquent de repères clairs sur l’état des finances publiques et des liquidités disponibles. C’est cette incertitude qui bloque les décisions. »

Un redressement possible dès 2026 ?

Malgré ce tableau contrasté, Moubarak Lo reste optimiste. Il rappelle que le Sénégal dispose d’une vingtaine de projets majeurs en cours, susceptibles de relancer l’attractivité du pays. « Il faut identifier chaque projet d’envergure, contacter les cinq ou six entreprises mondiales clés dans le secteur concerné, et les convaincre d’investir. Une démarche ciblée pourrait permettre de redresser la barre dès 2026, ou au plus tard en 2027 », explique-t-il.

Contrairement au Sénégal, certains pays de la région ont vu leurs IDE progresser en 2025. C’est le cas de la Guinée, qui a attiré plus de 7,7 milliards de dollars d’investissements directs selon les données de la CNUCED.