Libreville, 19 juin 2026 – Un géant discret de l’énergie africaine fait face à une tempête judiciaire dont les répercussions pourraient dépasser les frontières françaises. Le groupe franco-britannique Perenco a été perquisitionné les 11 et 12 juin à son siège parisien et au domicile de plusieurs dirigeants, dont son président François Perrodo. Ces opérations, menées par le Parquet national financier, s’inscrivent dans une enquête ouverte depuis octobre 2023 pour suspicion de corruption d’agents publics étrangers et de blanchiment d’argent lié à ses activités en Afrique centrale.
Les enquêteurs cherchent à déterminer si des contrats d’exploitation, des concessions ou des avantages commerciaux ont été obtenus ou conservés via des mécanismes financiers irréguliers impliquant des responsables publics au Gabon et au Congo-Brazzaville. Des téléphones, ordinateurs et documents internes ont été saisis pour alimenter les investigations.
L’ombre persistante de la gouvernance pétrolière
Cette affaire ravive un débat ancien sur la gestion des ressources naturelles en Afrique centrale, région riche en hydrocarbures mais souvent critiquée pour son manque de transparence. Perenco, groupe familial discret, s’est imposé comme un acteur incontournable au Gabon où il est présent depuis plus de trente ans. Sa filiale gabonaise est devenue le premier producteur d’hydrocarbures du pays, exploitant de nombreux champs offshore et terrestres.
Contrairement aux grandes majors cotées, Perenco a toujours cultivé une stratégie de discrétion, lui permettant de se développer rapidement dans des environnements complexes, loin des projecteurs médiatiques.
Un calendrier délicat
Les perquisitions interviennent à un moment crucial pour le groupe, engagé dans une transformation majeure axée sur le gaz naturel. Perenco est le principal opérateur gazier du Gabon et pilote des projets stratégiques pour la diversification énergétique du pays : les champs d’Igongo et d’Ozangué, l’usine de GPL de Batanga, et surtout le futur projet de liquéfaction flottante (FLNG) à Cap Lopez.
Ce FLNG, prévu pour 2028 avec une capacité de 700 000 tonnes par an, représente un investissement d’environ un milliard de dollars, développé en partenariat avec la Gabon Oil Company. Par ailleurs, Perenco a récemment livré la première phase de la centrale thermique à gaz de Mayumba, destinée à renforcer l’alimentation électrique nationale. Depuis 2006, le groupe affirme avoir investi plus de 500 millions de dollars dans les infrastructures gazières gabonaises, notamment via un réseau de gazoducs de plusieurs centaines de kilomètres.
Des conséquences au-delà de Perenco
À ce stade, aucune mise en examen n’a été prononcée. Ces perquisitions sont une étape d’enquête pour collecter des preuves. Le groupe n’a pas encore communiqué officiellement. Mais au-delà du sort judiciaire de Perenco, cette affaire soulève des questions fondamentales pour les économies dépendantes de quelques opérateurs stratégiques. Fragiliser un acteur majeur peut rapidement devenir un enjeu d’intérêt national.
Pour le Gabon et le Congo-Brazzaville, l’enjeu dépasse une simple procédure française. Il touche à la gouvernance des ressources naturelles, à la crédibilité des partenariats internationaux et à la capacité des États à garantir que les richesses extraites servent durablement le développement. L’enquête parisienne pourrait ainsi marquer un nouveau tournant dans les relations entre multinationales extractives, États africains et les exigences croissantes de transparence qui redessinent l’économie mondiale des ressources.