Des mineurs artisanaux creusent le sol à la recherche d'or à Bétaré-Oya, dans l'est du Cameroun.

L’effondrement tragique d’une mine artisanale à Zamboï, en Centrafrique, a mis en lumière les dangers persistants liés à l’extraction illégale de l’or en Afrique centrale. Mais cette catastrophe révèle aussi les dérives profondes qui minent le secteur aurifère au Cameroun, où des pratiques douteuses et une régulation insuffisante alimentent un cercle vicieux de risques humains et environnementaux.

Les sites miniers artisanaux, comme celui de Bétaré-Oya, sont souvent le théâtre d’accidents aux conséquences dramatiques. Les orpailleurs, souvent des travailleurs précaires, évoluent dans des conditions de sécurité quasi inexistantes. L’absence de normes strictes et de contrôles rigoureux transforme ces zones en véritables pièges mortels. Entre 2015 et 2023, plus de 200 cas d’effondrements ont été recensés dans la région, faisant des dizaines de victimes.

Des méthodes d’extraction à haut risque

Au Cameroun, l’exploitation de l’or repose en grande partie sur des techniques rudimentaires. Les mineurs artisanaux utilisent des outils manuels et des produits chimiques toxiques, comme le mercure, pour extraire le précieux métal. Ces méthodes, bien que peu coûteuses, sont extrêmement dangereuses pour la santé des travailleurs et pour l’écosystème local.

Les galeries souterraines creusées à la main s’effondrent régulièrement, ensevelissant les mineurs sous des tonnes de terre. Les glissements de terrain, fréquents en saison des pluies, aggravent encore la situation. Dans le district de Bétaré-Oya, les autorités locales ont recensé une augmentation de 30 % des accidents miniers depuis 2020, un chiffre qui pourrait être bien plus élevé en réalité, en raison du manque de transparence.

Un manque criant de régulation

Le secteur aurifère camerounais souffre d’un vide juridique et d’une corruption endémique. Les concessions minières sont souvent attribuées à des entreprises liées à des réseaux d’influence, tandis que les petites exploitations artisanales opèrent dans l’illégalité totale. Les autorités peinent à encadrer ce marché, faute de moyens et de volonté politique.

Les rapports d’ONG locales et internationales pointent du doigt l’absence de suivi des sites et la complicité de certains responsables administratifs. Les mineurs artisanaux, souvent des migrants en situation de vulnérabilité, sont les premières victimes de ce système. Beaucoup d’entre eux travaillent sans contrat, sans protection sociale et sans accès aux soins en cas d’accident.

Des conséquences environnementales désastreuses

L’impact écologique de l’exploitation aurifère au Cameroun est tout aussi préoccupant. L’utilisation massive de mercure contamine les sols et les cours d’eau, mettant en danger la faune et la flore locales. Les zones minières, autrefois fertiles, se transforment en déserts stériles, privant les communautés riveraines de leurs moyens de subsistance.

Selon des études récentes, les rivières de l’Est-Cameroun, comme la Kadéï ou la Boumba, affichent des taux de mercure plusieurs fois supérieurs aux seuils autorisés. Les populations locales, qui dépendent de ces ressources pour leur alimentation et leur économie, subissent les conséquences de cette pollution à long terme.

Vers une réforme du secteur ?

Face à l’ampleur de la crise, des voix s’élèvent pour demander une refonte complète du secteur minier. Des associations de défense des droits humains et des écologistes appellent à l’adoption de lois plus strictes, à la traçabilité de l’or produit et à la fin des pratiques illégales. Une réforme urgente est nécessaire pour protéger les mineurs, préserver l’environnement et garantir une exploitation durable des ressources naturelles.

Les autorités camerounaises ont annoncé des mesures pour renforcer la surveillance des sites miniers, mais leur mise en œuvre reste incertaine. Dans l’attente, les accidents continuent de se multiplier, rappelant que le drame de Zamboï n’est qu’un exemple parmi tant d’autres des risques encourus par ceux qui osent défier ce système.